Le fichier RAW
Tout, sauf une image ...
Une fabrique de pixels
L'appareil photo envoie de la lumière sur son capteur au travers de l'objectif.
Ce capteur
capte
des informations lumineuses sur des tous petits points sensibles à la lumière,
les photosites.
Chaque photosite mesure l'intensité lumineuse qu'il reçoit :
- à minima : sur une échelle de 0 à 255 (information sur 8 bits)
- au mieux : sur une échelle de 0 à 16384 (information sur 14 bits) ( à mi 2015 )
Sur cette échelle :
- le niveau 0 correspond au noir total
- le niveau 255 ( ou 16384) correspond au blanc intense.
- entre ces deux valeurs,
chaque niveau définit un gris
entre le noir profond et le blanc intense.
4 photosites voisins définissent 4 informations :
- 1 photosite mesure l'intensité de «la lumière rouge»
- 2 photosites mesurent l'intensité de «la lumière verte» **
- 1 photosite mesure l'intensité de «la lumière bleues»
Le capteur envoie à l'ordinateur de l'appareil photo ces informations par groupe de 4 :
1 fois l'intensité du rouge + 2 fois l'intensité du vert + 1 fois l'intensité du bleu.
La combinaison de ces 4 informations sont regroupées sous la forme d'un «mot» dont, sur une échelle de 0 à 255 :
- les deux premiers caractères donnent l'information du rouge :
00 à FF.
- les deux caractères suivants donnent l'information du vert :
00 à FF.
- les deux derniers caractères donnent l'information du bleu :
00 à FF.
Le signal combiné des
4 photosites
donnent naissance à
1 pixel
dont la valeur est, par exemple :
-
47
+
9A
+
BF
, ce qui donne la couleur :
479ABF
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Principe d'un capteur suivant la matrice de Bayer
** Pourquoi 2 photosites verts :
parce que la réaction du photosite au vert est deux fois moindre que la réaction au rouge et au bleu. L'astuce de doubler le photosite vert rééquilibre cette anomalie.
Filtrage de la couleur pour obtenir les 3 composantes, rouge, verte, bleue
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Définition du pixel issu du capteur
Lors de la prise de vue, le capteur envoie donc au processeur de l'appareil 2 informations pour définir chaque pixel :
- sa position sur le capteur, donc la position du pixel sur l'image future,
- les niveaux de gris de chacune de ses composantes rouge, verte et bleue.
Toutes ces informations sont collectées dans un fichier dit
brut.
En anglais, c'est un fichier
raw
(raw = brut)
En fait, l'appareil photo fabrique
des images en niveaux de gris
, du noir au blanc.
Cette construction apporte plusieurs remarques :
- Le cliché issue d'un capteur est illisible en tant qu'image.
- L'appareil doit disposer des outils nécessaires pour exprimer ce cliché en image, par exemple sur l'écran de contrôle.
- Pour divulger les images issues des clichés, l'appareil doit disposer d'un logiciel de conversion reconnu par toute la chaine photographique.
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De l'intérêt du fichier Raw
Le fichier
Raw
fourni par l'appareil donne donc l'état primitif des informations capables de construire une image.
- Soit l'appareil enregistre ce fichier pour le restituer au photographe :
Raw.
- Soit l'appareil construit et enregistre un fichier
JPeg
pour le restituer au photographe
- Soit, à la demande, l'appareil enregistre et restitue les deux fichiers.
Si l'appareil restitue
le fichier Raw
, le photographe dispose de
TOUTES
les informations qui composent l'image pour la travailler à sa guise au travers du logiciel ad-hoc.
Le rôle du logiciel de traitement
des fichiers Raw
est de permettre au photographe de gérer toutes les données de l'image pour refaire ce que l'appareil a déjà fait et les transporter dans des systèmes de fichiers utilisables sous les différentes formes existantes, réutilisables complètement dans la chaine de traitement.
Si l'appareil restitue seulement
le fichier JPeg
, il donne au photographe une idée de l'image complètement dénaturée par le principe de création de ce type de fichiers. (Voir la page sur les fichiers JPeg)
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Traitement des fichiers Raw
Premier obstacle
Un appareil produit un fichier Raw de chaque cliché.
Mais, les appareils produisent-ils des fichiers Raw identiques ?
Hélas non ! Chaque capteur ayant ses propres caractéristiques, les fichiers Raw fournis seront donc différents les uns des autres.
D'où : premier obstacle aux fichiers Raw : il faut disposer du logiciel spécifique à chaque appareil pour les traiter.
Heureusement, ce frein a été maitrisé et deux solutions principales existent :
- utiliser le logiciel spécifique du constructeur pour ce traitement ;
- les grands logiciels de traitement d'images disposent des informations des constructeurs pour adapter à leurs outils les moyens nécessaires au traitement de ces fichiers.
Note : certains constructeurs fournissent gratuitement le logiciel de traitement des Raw, cas de
Canon
. D'autres vendent ce logiciel, cas de
Nikon.
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Image brute d'un cliché interprêté par le logiciel d'origine
Canon.
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Mais : intérêt primordial !
Données de départ :
- Le fichier Raw contient TOUTES les données issues du capteur.
- Les données nécessaires pour transformer les données brutes en image sont gérées par un logiciel spécifique, comme
Caméra Raw
, de la chaine
Adobe
.
Principe de fonctionnement :
1 - Le logiciel de traitement propose
UNE
solution d'image du cliché Raw depuis les réglages «par défaut».
2 - Le photographe redéfinit les réglages qui sont enregistrés dans un fichier texte
sans jamais modifier les données d'origine contenues dans le fichier Raw
.
- 3 - Si le photographe reprend un fichier déjà traité :
- les données images sont toujours celles issues de l'appareil ;
- les données paramètres déjà existantes servent à réécrire l'image sous sa dernière version.
- Le photographe peut modifier tous les paramètres. Mais, le fichier de données image reste intact, sous la forme issue de l'appareil.
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Exemple de lignes du fichier de paramètres créés par
Caméra Raw.
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Chaîne de traitement des fichiers Raw
Principe :
- 1 - Ouvrir le fichier Raw avec le logiciel spécifique, par exemple
Camera Raw
- 2 - Décider des paramètres qui feront du fichier de données une image utilisable
- 3 - Enregistrer le résultat dans un fichier de cette image qui commence maintenant à exister.
- 4 - Eventuellement travailler sur ce fichier image comme on le fait d'habitude avec les fichiers JPeg issus de l'appareil.
- 5 - Sauvegarder le nouveau fichier sous le type de fichier voulu, type bitmap ou type compressé.
Attention :
les fichiers peuvent être très volumineux. Il convient donc de bien décider de ses choix en fonction du devenir des images traitées.
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Image brute d'un cliché interprêté par le logiciel de la chîne
Adobe : Camera Raw
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1 - Ouvrir le fichier Raw
Les exemples ci-dessous sont traités avec
Photoshop
et
Camera Raw.
Avec d'autres logiciels, les traitements peuvent être légèrement différents, mais les démarches se ressemblent.
1 - Charger le fichier :
les fichier Raw issus de l'appareil sont nettement plus gros que les fichiers JPeg. Le temps de chargement est donc nettement plus long.
2 - Première proposition :
pour pouvoir lire l'image,
Camera Raw
propose une première lecture définie par des paramètres moyens, par défaut. Cela permet une première analyse.
3 - Travail sur la formation de l'image :
l'objectif de Camera Raw, c'est de construire les paramètres de l'image comme les souhaite le photographe.
Donc, on travaille d'abord avec la partie droite de l'écran.
Les outils proposés sur la ligne haute de
Camare Raw
sont identiques à ceux qu'on trouve sur les logiciels courants. Dans un premier temps, arrêtons-nous aux spécifités du traitement Raw.
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2 - Décider des paramètres de l'image
Camera Raw
propose une première série de réglages de base.
Il s'agit de paramètres qui gèrent tout ou partie des pixels de l'image.
Ici, par exemple, il s'agit de refaire tout un cliché surexposé. Donc, tous les pixels sont touchés par la modification du paramètre
Exposition.
On peut agir sur une partie seulement des pixels avec les paramètres
Tons clairs
ou
Tons foncés
, par exemple.
La transcription immédiate sur l'histogramme affiché permet d'ajuster ses réglages au plus près.
Ne pas hésiter des modifications exagérées pour bien se rendre compte de l'évolution de l'image, puisque
aucun réglage n'est destructif des données d'origine.
Donc tous les réglages sont réversibles.
Il est possible d'afficher à l'écran deux images pour contrôle avant et après les modifications apportées. C'est un outil très pratique pour un ajustement au plus près de ce qu'on souhaite.
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Plusieurs types de réglages
Chaque onglet de la fenêtre de droite propose une famille de paramètres à utiliser ou non, suivant la qualité du cliché.
Ici, par exemple : travail sur la netteté de l'image directement depuis la zone du cliché représentant le piaf posé sur la statue.
Onglets de réglage des paramètres de l'image :
- Netteté - réduction du bruit.
- Gestion des niveaux de gris
- Virages partiels : équilibrage des tons.
Onglets de réglages des paramètres de l'appareil :
- Optique : rectifier les défauts des optiques.
- Capteur : ajuster les caractéristiques, notamment pour que
Camera Row
corrige les couleurs lors de la première lecture du fichier de l'image : on adapte ici les paramètres par défaut lors du premier chargement du fichier Raw.
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3 - Enregistrer l'image
A minima :
le logiciel enregistre le fichier texte qui contient les paramètres éventuellement corrigés par les soins du photographe.
Cas de l'image 6920 ci-contre :
Camara Row
a enregistré :
- le fichier d'origine .cr2 reste inchangé : 38 834 KO
- le fichier paramètre dont le type est .xmp. (suivant le choix du photographe) : 8 KO
Autres solutions :
le logiciel propose plusieurs types de fichiers images. C'est au photographe de choisir celui ou ceux qu'il privilégie.
Cas de l'image 6917 ci-contre :
Dxo
crée :
- le fichier d'origine .cr2. Il reste inchangé : 28 457 KO
- le fichier paramètre de type .dop (= .xmp) : 7KO
- le fichier .jpeg : compression minimum : 22 395 KO
- le fichier .tif : pas de compression : 129 755 KO
Cas de l'image 6921 ci-contre :
Photomatix
crée un fichier
hdr
issu de 3 autres fichiers :
- le fichier d'origine .cr2 reste inchangé : 27 739 KO
- le fichier hdr .tif : 64 929 KO
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3 fichiers sources Raw sont traités au travers de 3 logiciels différents.
- DxO - Camera Row - Protomatix
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Du choix du fichier de sortie
Philosophie du fichier Raw :
obtenir le maximum de qualité technique du cliché, à matériel considéré.
Philosophie des fichiers images issus du Raw :
conserver le maximum de qualité dans le type de fichier image choisi.
Philosophie du photographe :
demander au logiciel de construire le fichier adapté aux besoins futurs de l'image.
«La bonne solution» est celle qui répondra au mieux aux besoins du photographe le jour même, mais aussi un jour ou l'autre quand la destination du cliché changera ... ou ne changera pas !
La taille des fichiers est une contrainte non négligeable : les besoins en ressources de sauvegarde décuplent suivant les solutions.
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La couvée annuelle au chateau d'Haroué
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4 - Travailler le fichier image
Le logiciel de traitement Raw propose des outils de traitement d'image.
Mais, pourquoi changer ses habitudes ?
Tant qu'on disposait d'un ersatz d'image, on pouvait faire beaucoup de choses pour définir l'image vraie. Mais, maintenant, reprenons le cours habituel du traitement sur notre logiciel préféré, Photoshop, Ligthroom, Photofiltre, ou autres.
5 - Sauvegarde du fichier définitif
L'habitude reprend le dessus : le logiciel qui traitait les .jpeg sait toujours traiter les .jpeg issus des .raw.
C'est la destination finale de l'image qui commande les conditions de sauvegarde.
Mais :
le fichier d'origine, le fichier source issu de l'appareil est resté intact. Si on le conserve, on pourra le reprendre à volonté et, pourquoi pas, le traiter dans une autre chaine, pour présenter à un concours, par exemple.
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Reprise du travail standard avec le logiciel habituel.
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Conclusions
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Pendant longtemps, «je me suis contenté» des résultats obtenus depuis les fichiers .jpeg issus de mes appareils. Mais, suite notamment aux recommandation d'une amie photographe, j'ai pris le temps de comparer entre les deux formules :
- traiter les fichiers jpeg issus de l'appareil ;
- passer par le traitement des fichiers raw.
Aujourd'hui, je me demande pourquoi je ne m'y suis pas mis plus tôt :
- on gagne nettement en qualité d'images ;
- on perd le temps de traitement du raw. Mais, avec l'habitude, on ne double pas les temps de traitement.
Et on gagne tellement sur beaucoup de tableaux...
Ci-contre : d'un même cliché :
- à gauche : fichier raw, agrandissement 100%
- à droite : fichier jpeg, agrandissement 100%
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Le piaf est issu de cliché utilisé dans l'image ci-dessus : Ouvrir le fichier raw.
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